Le sanctuaire des opprimés

Plaque de marbre en mémoire aux huguenots persécutés au XVIII ieme siècle

Mon parcours débute dans le val d’émeraude ce 30 juin 2009, dans la tiédeur matinale, sur les douces pentes du COL DE BANTARDE, puis vers St Roman de Codières, suivies d’une agréable descente sur Sumène puis Ganges. A la mi journée, me voilà au COL DE MOUZOULES, non sans avoir fait un détour par St Laurent le Minier, St Bresson, Avèse, puis le COL DE CAMPVIEL. Je contemple, la gourde à la main, les massifs de l’Aigoual et du Lingas dans la chaleur accablante.
Une modeste stèle sur la gauche attire mon attention, elle rappelle au promeneur, par la narration d’un épisode historique douloureux et le choix de la date de sa commémoration, une constante dans l’histoire des Cévennes : Sa vocation de refuge pour les faibles et les minorités.

Au risque de troubler les historiens et autres érudits, je propose un raccourci hardi de quelques faits historiques afin d’étayer mes propos :

Jusqu’au moyen age, l’insécurité dans les campagnes était omniprésente, Une partie des populations s’établit alors, notamment en Cévennes, dans les replis des montagnes, loin des axes de passage situés au fond des vallées comme à St Marcel de Fontfouillouse, au dessus des Plantiers, par exemple.

Église romane de Fontfouillouse près Des Plantiers

Les longs et complexes troubles religieux qui ont marqué l’histoire du pays sur près de trois siècles, ont abouti au XVIII ieme siècle à la persécution des protestants. Les Cévennes permirent de part la configuration d’un relief escarpé, une alternative à l’exil déchirant : Le maintien des Huguenots sur leurs terres avec une entrée en clandestinité à la clé.

La 2ieme guerre mondiale, vit la création de nombreux maquis, ou groupes de combattants clandestins. Encore une fois la montagne s’avéra être, sinon un précieux allié, au moins un asile protecteur pour les résistants.

Nous traversons maintenant des temps plus apaisés, quoique le développement économique apporte un nouveau danger, plus insidieux celui là, il ne s’attaque plus à des individus, mais à leur environnement. Je veux parler de la pollution, de l’urbanisation anarchique, de la destruction de la biodiversité etc… Le Parc National des Cévennes (PNC), né en 1970 apporte une réponse adaptée par la création d’un espace naturel dédié à la protection de l’environnement. L’homme enfin reconnaissant envers la nature !

Les Cévennes, offrent un espace de quiétude et de sérénité aux cyclotouristes, elle leur permet d’échapper à l’oppression de la circulation automobile celle qui pollue, met en danger, s’accapare l’espace routier sans partage, sans tolérance : La tradition encore une fois respectée, mais sous une autre forme…

Je poursuis mon chemin par le COL DES MOUREZES, puis par une halte salvatrice au cimetière de Mandagout pour remplir mes bidons, j’emprunte la belle route curieusement plate qui me mène jusqu’à St André de Majencoules, mes forces décroissent avec la canicule, comment vais-je escalader l’ASCLIER que je connais trop bien pour ignorer les difficultés qui m’attendent ?

Petite route qui mène en haut de l'Asclier via le col de Bès

Me voilà dans « le chantier » tant redouté, les cols des CABONES, de la TRIBALE, puis celui de BES sont autant de jalons franchis avec soulagement.
Les derniers kilomètres sont terribles, j’aperçois maintenant le COL DE L’ASCLIER, plus qu’une dizaine de virages me dis-je, résister, il me faut résister ! Je plonge mon regard sur la route qui serpente en bas, cela me donne du courage. Les rayons du roi soleil harcelant sans répit un parpaillot entêté, l’histoire se répéterait-elle ? Rien ne me fera abjurer ma foi pour le vélo en Cévennes.

Mon périple se termine par le COL DU MERCOU, une formalité habituellement, je reprends quelques forces à la pensée de la fontaine de l’amour avec son eau fraîche qui m’attend en bas du col.

Dans la rue principale de Lasalle, un chauffeur livreur pressé me double dangereusement, me « tassant » contre un mur, puis me gratifiant au passage de son panache de fumée noire. Cette anecdote, trop souvent vécue, me fait soudainement prendre conscience d’une douloureuse réalité : Je quitte pour un temps le sanctuaire des opprimés !


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