Un tour des trois mondes minéraux

hameau

Les sept coups du clocher résonnent dans Saint André de Valborgne lorsque je traverse le village encore endormi, nous sommes mi juin, on touche les jours les plus longs de l’année, les premières vraies chaleurs font enfin leur apparition, alors il faut être matinal dans cette folle course contre le thermomètre.
Mon parcours sera donc concentré sur la matinée, mais il se doit d’être à la fois original et varié. Le village de départ est situé non loin du carrefour des trois mondes cévenols : Les vallées schisteuses, les causses et les massifs granitiques, Alors, pourquoi choisir quand on peut faire les trois !

C’est sur une route silencieuse, et à la fraîche, que je m’élance en direction du Pont Marès, à peine quelques minutes d’échauffement, et c’est déjà la rude et secrète route du Fontanieu qui se présente. La montée en direction de la corniche passe devant quelques superbes mas agencés sur les bancels notamment au lieu dit le Mazilhou. En une demie douzaine de kilomètres on passe ainsi du fond de vallée au sommet, de l’euzière à la châtaigneraie puis à la prairie d’altitude, du bicouche rafistolé, coupé d’un passage canadien à l’enrobé de haute volée, du schiste acéré aux imposantes strates de calcaire érigées en gradins qui portent la Can de l’Hospitalet.
Sur la corniche bordée des montjoies, je m’octroie un peu de répit bien mérité, sur un ruban de bitume impeccable. Un regard sur le Lozère, un autre sur Barre et la vallée Française, puis je m’élance dans la belle descente vers Racoules à hauteur du COL DE SOLPERIERE. Changement de décor à nouveau avec les ombrages bienveillants de vieux châtaigniers. Une fois le pont sur le Tarnon franchi, je remonte sur une paire de kilomètres cette petite vallée, avant de bifurquer sur ma droite à hauteur de Vébron.

rivière

La 3ieme partie du circuit est d’abord constituée de la montée sur le Causse Méjean, par la très confidentielle route de Villeneuve. Surtout ne vous méprenez pas sur la stature de Villeneuve qui n’a d’imposant que le nom : Il s’agit d’un hameau composé de quelques fermes et d’une paire de maisons secondaires retapées avec goût. L’ascension joue dans le registre vertical en dépassant les 8% de moyenne sur les cinq kilomètres, le bitume est correct, sans plus, hérissé en son axe de quelques touffes d’herbes trahissant un trafic des plus modestes; raisonnablement, pouvait-on en attendre plus ? Quelques épingles pour reprendre son souffle, quelques refuges taillés dans la roche et l’argile pour le croisement de véhicules sur cette voie étroite, puis c’est l’arrivée sur le plateau, pompeuse comme le nom du hameau. A mon avis une allée de frênes alignés sur la gauche n’y est pas étrangère. Le point culminant de l’ascension se situe quelques hectomètres après la traversée du lieu-dit sur un revêtement encombré de gravillons et autres souvenirs de nos brebis Lacaune ! Mais l’essentiel, c’est la vue, et là nous sommes servis : Le Chaos de Nîmes le vieux* s’étend sur la droite, la vallée du Tarnon dans le dos, le massif de l’Aigoual au Sud….Je vous conseille une pause (Ah la bonne excuse !). C’est ensuite la descente vers le COL DE PERJURET avec la prochaine difficulté en point de mire, celle-ci débute sur un dallage en béton avant la bifurcation au Veygalier.

L’ascension vers le Mont Aigoual depuis Vébron par le Causse constitue donc une énième variante, qui reprend la montée du versant NORD depuis les Vanels à partir du COL DE PERJURET.
Le changement végétal est à nouveau saisissant, on passe sans transition d’un paysage de steppe à celui d’une forêt de conifères où épicéas, sapins, mélèzes puis ensuite hêtres se disputent la place. Le sommet granitique est atteint après quatorze kilomètres. Aujourd’hui, outre le panorama habituel, on peut voir (enfin deviner) la mer, suffisamment rare pour être signalé. Je reprends la descente puis tourne à droite à hauteur de Cabrillac pour entamer l’ultime tronçon de cette boucle aux multiples facettes.

genets

C’est en fait une grande boucle que m’évoque la vallée de Sext tapissée de genets en fleur depuis début juin : La montagne a revêtu son maillot jaune !
Arrivé au COL SALIDES je pose à nouveau pied à terre pour accumuler encore quelques souvenirs visuels avant d’entamer le dernier tronçon de mon parcours.
Retour en vallée Borgne, retour aux serres et aux valats, dans cette vallée magnifiée par ce printemps humide, ornée de ses mas et châteaux.
Au final une boucle de presque 80km avec près de 1900m de dénivelé, où les Cévennes nous donnent une belle leçon de tolérance avec ces trois mondes minéraux si différents, qui cohabitent en totale harmonie.

* Le chaos de Nîmes le Vieux s’étend des hameaux du Veygalier et de l’Hom jusqu’à la Borie de Galy et à la Fontaine d’Aures, il se développe à l’altitude moyenne de 1 100 m sur près de 4 km d’étendue. C’est un front de falaises, un ressaut de la surface du causse Méjean, qui présente une grande longueur de demi-cirques, tous hérissés de centaines de rocs dolomitiques, troués, taillés, sculptés…  »
Edouard-Alfred Martel, Revue Causses et Cévennes, 1910


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