Cévennes en péril

La vallée de la DourbieJe n’ai pas les idées très claires ce matin, et pourtant la forme semble être au rendez vous, la pente et la distance parcourue n’ont pas eu d’impact sur mon souffle et mes jambes. Je descends sur Trèves, seul au monde dans les gorges du Trévezel. Une étrange et inhabituelle activité règne à l’approche de St Jean du Bruel dans la descente du COL DE PIERRE PLANTÉE, en traversant le pont sur la Dourbie, un mince filet d’eau noirâtre suinte au fond du lit, curieux me dis-je un brin contrarié. Je traverse le village, quelques ouvriers déambulent dans les rues, le stade a été transformé en une immense aire de chantier particulièrement sécurisée, où baraquements, engins de travaux publics côtoient tubes, pompes et autres grues. J’opte pour la petite route qui mène à Dourbies en passant par le Viala et Cassanas. Je la préfère à celle plus civilisée du COL DES RHODES. Malgré ses pentes difficiles sur un bitume imparfait, elle offre outre une réelle sérénité, une vue privilégiée sur l’autre versant de la vallée, sur les gorges profondes de la rivière, depuis les ombrages salvateurs des châtaigniers, et puis la traversée de ces hameaux, l’arrivée à Dourbies, que de cartes postales dans la tête !

Le doute fait place à la certitude à la vue de cette voie devenue une large artère poussiéreuse et bruyante squattée par une nuée de camions citerne. Ma colère s’élève plus vite que la pente à la vue des dégâts, ça y est, ils l’ont commencée leur exploitation de gaz de schiste, cette nouvelle manne des pétroliers qui consiste à extraire par une technique de forages verticaux et horizontaux, puis par injection de très grandes quantités d’eau agrémentée d’additifs chimiques, le gaz naturel emprisonné dans la roche depuis la nuit des temps.

Qu’il est loin le Grenelle de l’environnement, auquel j’avais naïvement adhéré, croyant en la sincérité de nos politiques. Une à une, les déclarations de bonnes intentions, les accords difficilement négociés avec les écologistes, acculés à cette foire médiatique, ont été piétinés sur l’autel du profit immédiat. C’est en catimini qu’un permis de sondage avait été délivré durant l’été 2010, en pleine agitation sociale, on commençait à s’habituer avec ce gouvernement qui disait ce qu’il allait faire, ne disait pas ce qu’il faisait, et au final ne faisait rien de ce qu’il avait dit ; pour un peu ça en était devenu risible.
Et voilà qu’à raison d’un puits tous les 300 m, implanté au centre d’une confortable plateforme de forage, ils ont infligé une véritable pelade à la montagne, abattant les arbres, domptant les pentes à coups de bulldozer, captant les eaux en amont, depuis le lac des Pises, probablement, délaissant ci et là matériels en panne, emballages, et autres détritus issus de leur coupable activité.

Le village de DourbiesMais le pire est plus sournois, il se cache dans leur mixture cancérigène dont la composition est tenue secrète par un pétrolier américain. Et puis il y a cette consommation d’eau délirante nécessaire à leur sinistre besogne, puis le rejet de la moitié de celle ci dans les cours d’eaux, quand la montagne n’en peut plus de ce gavage assassin, merci pour les nappes phréatiques, fini les baignades dans le Bonheur !
Pourtant la mobilisation des cévenols avait été exemplaire, mais que pèse une minorité face à des multinationales, comment maintenir la mobilisation dans la durée malgré l’aide des anciens du Larzac et du barrage de la Borie, tristes retrouvailles ! C’est qu’ils ont des stratégies bien huilées, depuis les projets d’implantation des lignes TGV de la SNCF, en passant par les lignes haute tension EDF, ou le centre d’enfouissement de déchets radioactifs de l’ANDRA, c’est toujours le même processus : D’abord on attaque sur plusieurs fronts pour donner le change et disperser l’ennemi, ici ils avaient commencé par 3 sites dont deux autour d’Alès. Puis on communique sur les bienfaits du projet, on se montre généreux, on fait des promesses, on embauche quelques « locaux ». Quand on est à court d’arguments, les manifestants peuvent bénéficier de l’expertise française (par ailleurs proposée à l’ancien régime tunisien) en matière de maintien de l’ordre, quelques élus à Anduze avaient eu droit à un échantillon de leur savoir-faire, au cours d’une manifestation pacifique contre la communauté de communes du grand Alès. Parallèlement des pseudos études techniques avec le renfort de géotechniciens maison sont menées, pour habiller un choix fait à l’avance : Ce sera d’abord sur le site le plus docile, puis après….Ce sera les autres.

C’est qu’ils y tenaient au site cévenol, c’est du schiste, de l’eau en abondance, une faible densité de populations, la combinaison idéale ! « On restera en dehors du parc » qu’ils avaient dit, et voilà les cévenols traités comme des indiens dans leur réserve, cernés par une horde de yankees cupides, mais les nuisances, les pollutions ne connaissent pas les frontières administratives du PNC, et puis les promesses….

Quand nos décideurs cesseront-ils de piller les ressources naturelles de notre planète, de saccager les quelques zones restées intègres, tels une bande de voyous cassant les vitrines des magasins en marge d’une manifestation ? C’est une fuite en avant à laquelle on assiste, l’escalade du prix du pétrole va de pair avec la gravité des blessures irréversibles infligées à la planète.Vallée du Galeizon
Faut que ça cesse, la terre est une sphère non extensible, aux dimensions et aux capacités limitées, le bon sens serait de trouver une autre voie à celle de la croissance, du développement à tout prix, c’est une politique qui va dans le mur. Pourquoi ne pas se tourner courageusement vers les énergies renouvelables, vers un mode de consommation plus raisonnable, il faudra de toute manière s’y résoudre quand la planète sera devenue une ile de Pâques en énergies fossiles, alors autant le faire sans délai, sans commettre l’irréparable !
Je hurle ma rage à la vue de cet héritage dilapidé, ils vont en faire de même dans la vallée du Galeizon aux portes de Cendras, dans la vallée Borgne, dans…. Je chiale comme un gosse mon monde perdu, j’en perds le contrôle de mon vélo qui fonce dans le précipice…. Je me réveille hébété, en sueur…. Ouf, ce n’était qu’un cauchemar, oui mais le combat commence….

Une partie de ce texte n’est que fiction, mais qu’une petite partie hélas. Le gouvernement Fillon, en la personne de Jean-Loius Borloo, « Monsieur Grenelle », a bel et bien signé trois permis de recherche d’hydrocarbures, je vous laisse apprécier ! Vous voulez en savoir davantage, vous faire une opinion par vous même, ci dessous quelques liens qui devraient éclairer votre lanterne, certains m’ont inspiré pour la rédaction de ce texte qui n’a pas la prétention de cerner l’étendue du désastre que provoquerait une telle exploitation :

Vu sur le site « C durable »
Un article détaillé de Wikipedia
Le site dédié « De l’eau dans le gaz »
Signer la pétition de José Bové
Un article paru dans le site « ownipolitics »
Violences à Anduze sur Dailymotion


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