Un monde bipolaire

table d'orientation

Enfin une belle journée en ce mois d’avril 2013. Sur le chemin du retour dans la descente du COL DU PRE DE LA DAME, je m’accorde une longue pause au belvédère des Bouzèdes, sur ce promontoire privilégié qui offre une vue imprenable sur une grande partie du massif. J’ai perdu l’habitude de voir l’Aigoual d’aussi loin, la surprise de chercher ce géant ridicule empêtré dans ce labyrinthe de vallées, m’éclaire sur la faible densité de mes visites dans ce secteur au regard de mes nombreuses escapades vers ce lointain Sud Ouest.
La Cévenne comme aimait à l’appeler le regretté Jean-Pierre Chabrol, pour mieux en souligner son socle identitaire, la cohésion de son peuple autour de valeurs communes, serait-elle plus friable qu’il n’y paraît ?
Non ! La ligne de partage des eaux qui se faufile de cols en cols n’y est pour rien même si elle coupe le territoire en deux. Il ne s’agit pas d’une hypothétique rivalité malsaine entre Gardois et Lozériens non plus, ou que sais-je encore, d’une rude opposition entre cévenols et caussenards…

Je pointe du doigt la dualité de ce massif dominé par ses deux monts emblématiques qui agissent sur nous comme des aimants. Notre localisation, la tradition familiale, ou nos petites habitudes personnelles font qu’on est immanquablement attiré comme l’aiguille de la boussole par l’un ou l’autre de ces deux pôles naturels. Ainsi on finit par s’approprier ces petits coins de paradis à force de visites. Vous l’aurez deviné, mes pensées, mes regards, mes balades se tournent majoritairement vers l’Aigoual plutôt qu’au mont Lozère.

montée

Le mois de juillet arrive, c’est le mois du Tour de France, le pays va vivre trois semaines au rythme effréné des étapes de plat et de montagne, chacun se fera une opinion sur les performances des champions, la difficulté des étapes etc. La beauté des paysages traversés emporte l’adhésion de tous…Tous les sujets portent de près ou de loin sur la grande boucle.
C’est le mois où je subis, comme tout cycliste je suppose, un interrogatoire en règle, voire les plaisanteries les plus douteuses, tout le monde est à l’affût d’un avis éclairé, pas toujours facile tant le monde de la course et du haut niveau m’est étranger….

Je suis parti tôt en ce superbe matin du 14 juillet. Arrivé au cirque de Borgne, je souffle un peu après une ascension sans pression du COL DE L’ESPINAS, je profite à nouveau de la vue sans fin, du silence, de la quiétude de ce lieu magique. Au loin, très loin, je distingue la silhouette caractéristique du mont chauve dans la brume matinale. Cette montagne va vivre tout à l’heure un moment exceptionnel, j’imagine de là qu’elle est déjà envahie par une foule impatiente qui va suivre l’événement sportif du mois…
Mon circuit se poursuit par une belle descente de la vallée de l’Hérault, par la montée du COL DE MOUZOULES puis par celle du COL DU MINIER en remontant l’enchanteresse vallée du Coudoulous. J’achève ma sortie par une dernière ascension de L’Aigoual pour clore une belle journée de vélo avec quelques 140 km parcourus. Mon Garmin affiche une moyenne honorable, même si cela reste anecdotique. C’était jour de fête !

montagne

L’après midi, est dédiée au repos devant la télé, avec la très attendue étape du Mont Ventoux : Le spectacle se résume à la vue de coureurs infatigables aux performances de mutants, d’une route envahie par une foule déchaînée et bruyante, d’une horde de véhicules polluants englués dans les embouteillages, d’un leader en grande Fromme qui n’a vu du parcours guère que ses chaussures…
Le plus ahurissant c’est la facilité du vainqueur, enjoint par son directeur sportif à l’oreillette de ralentir la cadence.
Il faut absolument qu’en complément des produits, on prescrive aux coureurs des cours d’art dramatique s’ils veulent rester crédibles…

Rien de semblable à ce que j’avais vécu le matin même, ni dans la performance (Personne n’en doutait), ni dans l’attitude, ni dans l’environnement. J’ai la douloureuse impression que nous ne pratiquons pas le même sport, il y a un mur d’incompréhension qui se hérisse entre ces deux approches du vélo, comme un rideau de fer dans un monde bipolaire !


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